Juliette

Drouet

Chante pour

(1806-1883)

Victor Hugo

Pour que Juliette Drouet ne reste plus dans l'ombre de Victor Hugo

09 juillet 1834.

Victor Hugo à Juliette

dans son carnet agenda 1 heure du matin :
" Quand je t'entends chanter, ma Juliette, tout ce qu'il y a en moi de pensées douces et tendres dresse la tête et écoute. Je suis heureux. Mon amour, mon ange ! il n'y a rien de plus enivrant que le chant qui sort de ta bouche, si ce n'est le baiser qu'on y cueille. N'oublie jamais que ces lignes ont été écrites dans ton lit, toi dans mes bras, nue et adorable, tandis que tu me chantais des chansons de moi avec une voix qui ravissait mon âme. Pauvres chansons que tu me rendais charmantes ! J'en avais fait les vers, tu en faisais la poésie. "

Victor Hugo aimait que Juliette chante sur ses poèmes. Il appréciait sa voix. Cela m'a donné l'idée de créer cet album en incarnant Juliette...

Les mémoires d'Adèle relatent de nombreux moments où la famille Hugo chantait aussi sur les poèmes du père. Adèle, la fille, mettait les poèmes de son "idole" en musique au piano. Et Louise Bertin, une grande amie de la famille, a écrit de nombreuses pièces, dont "La Esméralda" en opéra...

Victor Hugo a-t-il vraiment interdit la mise en musique de ses poèmes ?

Une idée persistante voudrait que Victor Hugo ait formellement "interdit" la mise en musique de sa poésie... et pourtant... il écrit lui-même : (extrait tiré de "La leçon de musique de Claude d'Esplas)

"Votre gigantesque manière de remuer comme des mondes les idées et les images, cet orgue de la pensée dont tous les claviers retentissent sous vos doigts, tout cela jette dans l’âme une sonorité si puissante qu’on n’ose plus y mêler sa faible note, perdue qu’elle serait dans les ouragans que vous déchaînez.” (à Charle Gounod)

En 1839, Gasparo Spontini, le célèbre auteur de La Vestale (6 décembre 1807) s’adresse à lui en ces termes : “J’aurais quelques idées aussi à vous soumettre pour vous faciliter la trouvaille d’un sujet heureux de grand opéra, passionné, voluptueux, avec des ballets continuels, des cérémonies religieuses, avec des hymnes guerriers, des chansons, des ballades héroïques, voluptueuses, chasseresses ...”

Du haut de ses trente-deux ans, Ernest Reyer, qui devait s’illustrer avec Sigurd et Salammbô, se permet, le 22 décembre 1855, de lui demander l’autorisation de mettre en musique la Vieille Chanson du Jeune Temps en reconnaissant toutefois : “elle n’en a nul besoin, c’est vrai, mais je serais bien fier d’abriter mon nom si peu connu, sous votre bienveillante renommée.” La permission ayant été accordée neuf mois plus tard, Reyer se confond en remerciements : “ ... je prendrai ainsi une part du légitime et retentissant succès des Contemplations.”

Au grand orgue de Gounod, répond le piano (“cette bête de bois”) de Mademoiselle Louise Bertin, amie bien chère et fidèle du poète (“ ... vous dont la main de flamme fait parler au clavier la langue de votre âme”) et que celui-ci passait des heures à écouter lorsqu’elle lui jouait le chœur de l’Armide de Gluck : “jamais dans ces beaux lieux ... ”, Hugo qui, déjà, appréciait tant les chœurs des chasseurs de l’Euryante de Weber : “peut-être ce qu’il y a de plus beau dans toute la musique.”

“Défense de déposer de la musique le long de mes vers”, avertissait Victor Hugo. Cependant, en 1836 (il avait 34 ans), n’avait-il pas lui-même donné à Louise Bertin l’autorisation d’écrire une partition sur le libretto de l’opéra La Esmaralda, libretto qu’il avait lui-même tiré, et mis en vers, de son roman Notre-Dame de Paris sachant bien que le Directeur de l’Opéra de Paris, le docteur Véron (dit Torti Coli) ne pourrait rien refuser à la famille Bertin qui possédait le Journal des Débats, régentait ainsi le Gouver-nement et procéderait au lancement. La Esmaralda fut donc jouée six fois en entier, avec ballet ; à partir de la 7e représentation, on retoucha trois actes sur quatre, puis on ne joua plus que le premier. La 25e représentation fut la dernière. Victor Hugo ne demandait pas mieux que de s’effacer devant la musique (“lui qui n’est rien”, comme il disait, parlant de lui-même, tout en invoquant les illustres précédents de Molière et de Corneille, librettistes de l’opéra-ballet Psyché, 1671).

Victor Hugo considérait la musique de Louise Bertin comme une “brillante draperie” ; le critique du journal Le Voleur comparait la musicienne à Meyerbeer ; quant aux décors, Victor Hugo prévoyait de “défoncer le théâtre afin que les tours de l’église Notre-Dame soient vues à vol d’oiseau”. Seul le Journal de Paris osa mettre bémol (pour ne pas dire ombres à tous ces rayons) : “... si c’est par galanterie que l’auteur du poème s’est effacé, il faut convenir qu’il a atteint merveilleusement son but : peut-être même peut-il se flatter de l’avoir dépassé”.

Est-ce de cette époque que daterait la boutade : “Défense de déposer de la musique le long de mes vers” ?



 

Née, Juliette Gauvain,

à Fougères en avril 1806. Son père était un chouan. Très tôt orpheline, Juliette se retrouve à Paris dans un pensionnat religieux. Elle embrasse ensuite la carrière de comédienne.

Elle prend alors le nom de son oncle Drouet qui l’a élevée. Juliette devient la maîtresse du sculpteur Pradier qui la représente sous les traits de la statue symbolisant Strasbourg, place de la Concorde à Paris. C’est en 1831, alors qu’elle interprète le rôle de la princesse Négroni dans " Lucrèce Borgia " qu’elle rencontre Victor Hugo.

Elle sera son amante, sa muse et son inspiratrice.

1851 : Victor Hugo est traqué par la police. Juliette organise les changements de domicile, les caches et l'hébergement. Elle le conduit chez les Lanvin, lui fournit un passeport. Hugo apprend que le gouvernement prépare un assassinat déguisé en accident contre lui. Nouvelles fusillades pendant 4 jours au Champ-de-Mars… Victor grâce à Juliette, échappe aux traques de la police. Le 11 décembre il quitte Paris pour Bruxelles sous le faux nom de Jacques Firmin Lanvin : il entre en exil…

Le 13 décembre Juliette le rejoint avec une précieuse malle qui contient le fruit de 20 années d'écriture pas encore publiée…dont "Les misérables" !

En 1852, elle l’accompagne dans son exil à Jersey, puis en 1855, à Guernesey, où elle passe le plus clair de son temps à recopier les manuscrits du poète qu'elle idolâtre véritablement :

04 juillet 1834. Juliette à V.H.
"A mon bien-aimé.
Ici mille baisers.
Mon bien-aimé Victor, Je suis encore tout émue de notre soirée d'hier ; à défaut d'amie et de cœur qui me comprenne et dans lequel je pourrais verser le trop-plein de mon bonheur, je l'écris ceci "qu'hier 3 juillet 1834, à dix heures et demie du soir, dans l'auberge de l'Ecu de France à Jouy, moi, Juliette, j'ai été la plus heureuse et la plus fière les femmes de ce monde, je déclare encore que jusque-là je n'avais pas senti dans toute sa plénitude le bonheur de t'aimer et d'être aimée de toi. "
Cette lettre qui a toute la forme d'un procès-verbal est en effet un acte qui constate l'état de mon cœur. Cet acte, fait aujourd'hui, doit servir pour tout le reste de ma vie dans le monde ; le jour, l'heure et la minute où il me sera représenté, je m'engage à remettre ledit cœur dans le même état où il est aujourd'hui, c'est-à-dire rempli d'un seul amour qui est le tien et d'une seule pensée qui est la tienne.
Fait à Paris, le 4 juillet 1834, à 3 heures de l'après-midi.
Juliette.
0nt signé pour témoin les mille baisers dont j'ai couvert cette lettre."

Elle lui écrira des milliers de lettres dans le genre, dont la bibliothèque de Fougères conserve de nombreux exemplaires.

12 septembre 1851. vendredi après-midi 2 h ½

O mon Dieu inspirez-moi la confiance puisque vous ne pouvez pas m'ôter l'amour. Faites que je croie en lui puisque je ne peux cesser de l'aimer (...) vous savez ce que je vous dis à vous seul, ô mon Dieu, avec toutes les larmes de mes yeux, avec toutes les tendresses de mon cœur, avec toutes les adorations de mon âme. Faites qu'il soit heureux, n'importe avec qui, n'importe comment pourvu qu'il le soit, et faites de moi ce que vous voudrez (...)

Écoutez et lire le récit de Juliette,

le jour du 9 septembre,
au café de l'europe...



Lire "Victor Hugo, pour ces dames" de
Michel de Decker

Juliette Drouet est une des plus belles et plus grandes amoureuses de l'histoire. Elle est une femme moderne et traditionaliste. Intelligente et naïve. Fière et soumise. Enthousiaste et dépressive. Mûre et enfantine. Jalouse et tolérante.

Et Victor Hugo, qui l'a usée jusqu'à la corde, n'aurait sans doute pas été aussi inspiré si elle n'avait existé.
Elle a été son amante, sa sœur, sa mère, sa secrétaire, sa cuisinière, sa ravaudeuse… elle a été sa vie.
Une vie pleine de rebondissements qui mérite d'être racontée.

Juliette Drouet c'est : plus de vingt mille lettres d'amour...
et toute une vie de sacrifice.

Alain Lecompte : chante Victor Hugo
 
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