Juliette |
![]() ![]() ![]() |
Drouet |
|||
Chante pour |
(1806-1883)
|
Victor Hugo |
|||
Pour que
Juliette Drouet ne reste plus dans l'ombre de Victor Hugo
|
|||||
|
09 juillet 1834.
|
|
|
Une idée persistante voudrait que Victor Hugo ait formellement "interdit" la mise en musique de sa poésie... et pourtant... il écrit lui-même : (extrait tiré de "La leçon de musique de Claude d'Esplas)
"Votre gigantesque manière de remuer comme des mondes les idées et les images, cet orgue de la pensée dont tous les claviers retentissent sous vos doigts, tout cela jette dans lâme une sonorité si puissante quon nose plus y mêler sa faible note, perdue quelle serait dans les ouragans que vous déchaînez. (à Charle Gounod)
En 1839, Gasparo Spontini, le célèbre auteur de La Vestale (6 décembre 1807) sadresse à lui en ces termes : Jaurais quelques idées aussi à vous soumettre pour vous faciliter la trouvaille dun sujet heureux de grand opéra, passionné, voluptueux, avec des ballets continuels, des cérémonies religieuses, avec des hymnes guerriers, des chansons, des ballades héroïques, voluptueuses, chasseresses ...
Du haut de ses trente-deux ans, Ernest Reyer, qui devait sillustrer avec Sigurd et Salammbô, se permet, le 22 décembre 1855, de lui demander lautorisation de mettre en musique la Vieille Chanson du Jeune Temps en reconnaissant toutefois : elle nen a nul besoin, cest vrai, mais je serais bien fier dabriter mon nom si peu connu, sous votre bienveillante renommée. La permission ayant été accordée neuf mois plus tard, Reyer se confond en remerciements : ... je prendrai ainsi une part du légitime et retentissant succès des Contemplations.
Au grand orgue de Gounod, répond le piano (cette bête de bois) de Mademoiselle Louise Bertin, amie bien chère et fidèle du poète ( ... vous dont la main de flamme fait parler au clavier la langue de votre âme) et que celui-ci passait des heures à écouter lorsquelle lui jouait le chur de lArmide de Gluck : jamais dans ces beaux lieux ... , Hugo qui, déjà, appréciait tant les churs des chasseurs de lEuryante de Weber : peut-être ce quil y a de plus beau dans toute la musique.
Défense de déposer de la musique le long de mes vers, avertissait Victor Hugo. Cependant, en 1836 (il avait 34 ans), navait-il pas lui-même donné à Louise Bertin lautorisation décrire une partition sur le libretto de lopéra La Esmaralda, libretto quil avait lui-même tiré, et mis en vers, de son roman Notre-Dame de Paris sachant bien que le Directeur de lOpéra de Paris, le docteur Véron (dit Torti Coli) ne pourrait rien refuser à la famille Bertin qui possédait le Journal des Débats, régentait ainsi le Gouver-nement et procéderait au lancement. La Esmaralda fut donc jouée six fois en entier, avec ballet ; à partir de la 7e représentation, on retoucha trois actes sur quatre, puis on ne joua plus que le premier. La 25e représentation fut la dernière. Victor Hugo ne demandait pas mieux que de seffacer devant la musique (lui qui nest rien, comme il disait, parlant de lui-même, tout en invoquant les illustres précédents de Molière et de Corneille, librettistes de lopéra-ballet Psyché, 1671).
Victor Hugo considérait la musique de Louise Bertin comme une brillante draperie ; le critique du journal Le Voleur comparait la musicienne à Meyerbeer ; quant aux décors, Victor Hugo prévoyait de défoncer le théâtre afin que les tours de léglise Notre-Dame soient vues à vol doiseau. Seul le Journal de Paris osa mettre bémol (pour ne pas dire ombres à tous ces rayons) : ... si cest par galanterie que lauteur du poème sest effacé, il faut convenir quil a atteint merveilleusement son but : peut-être même peut-il se flatter de lavoir dépassé.
Est-ce de cette époque que daterait la boutade : Défense de déposer de la musique le long de mes vers ?
Née, Juliette Gauvain,
à Fougères en avril 1806. Son père était un chouan. Très tôt orpheline, Juliette se retrouve à Paris dans un pensionnat religieux. Elle embrasse ensuite la carrière de comédienne.
Elle prend alors le nom de son oncle Drouet qui la élevée. Juliette devient la maîtresse du sculpteur Pradier qui la représente sous les traits de la statue symbolisant Strasbourg, place de la Concorde à Paris. Cest en 1831, alors quelle interprète le rôle de la princesse Négroni dans " Lucrèce Borgia " quelle rencontre Victor Hugo.
Elle sera son amante, sa muse et son inspiratrice.
1851 : Victor Hugo est traqué par la police. Juliette organise les changements de domicile, les caches et l'hébergement. Elle le conduit chez les Lanvin, lui fournit un passeport. Hugo apprend que le gouvernement prépare un assassinat déguisé en accident contre lui. Nouvelles fusillades pendant 4 jours au Champ-de-Mars Victor grâce à Juliette, échappe aux traques de la police. Le 11 décembre il quitte Paris pour Bruxelles sous le faux nom de Jacques Firmin Lanvin : il entre en exil
Le 13 décembre Juliette le rejoint avec une précieuse malle qui contient le fruit de 20 années d'écriture pas encore publiée dont "Les misérables" !
En 1852, elle laccompagne dans son exil à Jersey, puis en 1855, à Guernesey, où elle passe le plus clair de son temps à recopier les manuscrits du poète qu'elle idolâtre véritablement :
04 juillet 1834. Juliette à V.H.
"A mon bien-aimé.
Ici mille baisers.
Mon bien-aimé Victor, Je suis encore tout émue de notre soirée d'hier ; à défaut d'amie et de cur qui me comprenne et dans lequel je pourrais verser le trop-plein de mon bonheur, je l'écris ceci "qu'hier 3 juillet 1834, à dix heures et demie du soir, dans l'auberge de l'Ecu de France à Jouy, moi, Juliette, j'ai été la plus heureuse et la plus fière les femmes de ce monde, je déclare encore que jusque-là je n'avais pas senti dans toute sa plénitude le bonheur de t'aimer et d'être aimée de toi. "
Cette lettre qui a toute la forme d'un procès-verbal est en effet un acte qui constate l'état de mon cur. Cet acte, fait aujourd'hui, doit servir pour tout le reste de ma vie dans le monde ; le jour, l'heure et la minute où il me sera représenté, je m'engage à remettre ledit cur dans le même état où il est aujourd'hui, c'est-à-dire rempli d'un seul amour qui est le tien et d'une seule pensée qui est la tienne.
Fait à Paris, le 4 juillet 1834, à 3 heures de l'après-midi.
Juliette.
0nt signé pour témoin les mille baisers dont j'ai couvert cette lettre."
Elle lui écrira des milliers de lettres dans le genre, dont la bibliothèque de Fougères conserve de nombreux exemplaires.
12 septembre 1851. vendredi après-midi 2 h ½
O mon Dieu inspirez-moi la confiance puisque vous ne pouvez pas m'ôter l'amour. Faites que je croie en lui puisque je ne peux cesser de l'aimer (...) vous savez ce que je vous dis à vous seul, ô mon Dieu, avec toutes les larmes de mes yeux, avec toutes les tendresses de mon cur, avec toutes les adorations de mon âme. Faites qu'il soit heureux, n'importe avec qui, n'importe comment pourvu qu'il le soit, et faites de moi ce que vous voudrez (...)Écoutez et lire le récit de Juliette,
le jour du 9 septembre,
au café de l'europe...
|
Juliette Drouet est une des plus belles et plus grandes amoureuses de l'histoire. Elle est une femme moderne et traditionaliste. Intelligente et naïve. Fière et soumise. Enthousiaste et dépressive. Mûre et enfantine. Jalouse et tolérante.
Et Victor Hugo, qui l'a usée jusqu'à la corde, n'aurait
sans doute pas été aussi inspiré si elle n'avait
existé. |
||